les controverses

fallait-il construire une nouvelle cathédrale ?

Le premier à s'être posé cette question est sans doute l'évêque, Guy Herbulot. N'était-ce pas fou ou prétentieux de vouloir édifier une cathédrale à une époque en pleine déchristianisation, où il y a de moins en moins de prêtres dans des églises de plus en plus vides ? Ne pouvait-on pas se contenter d'une grande salle polyvalente et discrète dans un quartier un peu éloigné du centre ?

La réponse a été "oui". Oui, l'Église doit arrêter de se cacher sous prétexte de pauvreté et de modestie. Oui, le nouveau diocèse doit fièrement montrer qu'il existe dans une ville nouvelle en plein développement. Il a été pour cela curieusement appuyé par Jacques Guyard, le maire socialiste d'Évry, qu'on ne peut pas accuser de cléricalisme, et par un autre socialiste, le ministre de la Culture, Jack Lang, qui avait été séduit par le projet.

Il fallait alors choisir un architecte. Un "appel d'offre" ou un concours auraient pu être la solution la plus simple. Un jury aurait choisi le projet le plus séduisant. Mais, à l'époque, des choix avaient déjà été faits par la municipalité concernant le "style" du centre ville. Une décoration à base de briques avait été retenue. C'est pourquoi, l'évêque se tourna vers Mario Botta, un architecte suisse déjà renommé pour sa maîtrise de ce matériau millénaire issu de la terre (l'argile), de l'eau (pour le pétrir), du feu (pour le cuire) et de l'air (pour le sécher).

 

comment a-t-elle été financée ?

Le bruit a couru qu'en contradiction avec la loi de séparation de l'Église et de l'État, la cathédrale avait été édifiée avec des fonds publics. C'est en grande partie inexact. Le Ministère de la Culture, la Région Île de France et l'Établissement Public d'Aménagement de la Ville Nouvelle (ÉPÉVRY) ont, effectivement, subventionné partiellement le Centre National d'Art Sacré qui fait partie intégrante de la cathédrale mais a un fonctionnement autonome… et son propre accès. Dans ce strict cadre, les fonds publics représentent 13 millions de francs (environ 2 millions d'euros).

Le reste du financement est dû à des fonds "religieux" (Chantiers du Cardinal - 800.000 € - et Diocèse de Munich - 700.000 €), au mécénat d'entreprise et au marketing direct par un appel sous forme d'affiches avec pour accroche : "Qui peut encore bâtir une cathédrale ? Vous."

Le budget total s'est élevé à 90 millions de francs (environ 14 millions d'euros). Si lors de l'ouverture il manquait encore 10 millions de francs, aujourd'hui la cathédrale est entièrement payée.

Détail du financement (en euros) :

Chantiers du Cardinal
800.000
5,7 %
Diocèse de Munich
700.000
5,0 %
Ministère de la Culture
800.000
5,7 %
Région Île de France
800.000
5,7 %
ÉPÉVRY (Etablissement d'aménagement de la Ville Nouvelle)
500.000
3,6 %
Marketing direct
8.900.000
63,6 %
Mécénat d'entreprise
800.000
5,7 %
Dons en nature (artistes)
500.000
3,6 %
Dons de particuliers (hors marketing direct)
200.000
1,4 %
TOTAL
14.000.000
100,0 %
Total financement public (Centre d'Art Sacré)
2.100.000
15,0 %

 

est-ce un symbole franc-maçon ?

Une rumeur persistante a couru, et court peut-être encore : la cathédrale serait typiquement un monument franc-maçon. Si c'était vrai, la question subsidiaire serait : qui l'a voulue ainsi, l'évêque ou l'architecte ? Si on peut d'emblée éliminer le premier, la question peut se poser pour le second… qui a répondu non !

Cette symbolique se retrouverait dans la forme générale. On peut effectivement rapprocher la forme de l'édifice de la colonne tronquée chère aux francs-maçons. Mais cette forme est récurrente chez Botta, puisqu'on la retrouve dans un des "clones" de la cathédrale, le Musée d'Art Moderne de San Francisco. Le biseau permet simplement de donner une orientation au cylindre. Le second symbole maçonnique est le triangle (rappel de l'équerre). Le toit est effectivement triangulaire (mais présenté ici la pointe en bas, contrairement au triangle maçonnique). Le triangle est aussi un des principaux symboles chrétiens, celui de la Trinité, que l'on retrouve sur de nombreuses œuvres d'art religieuses.

La question serait plutôt : "Même si l'architecte avait parsemé la cathédrale de symboles maçonniques, en quoi cela poserait-il problème ?". On trouve dans de nombreux autres édifices religieux anciens des symboles qui n'ont jamais été totalement expliqués et qui ne perturbent en rien la sérénité du lieu et les cérémonies qui s'y déroulent.

 

y a-t-il eu "concurrence" avec la mosquée ?

Certains ont voulu faire croire que, jaloux de l'édification d'une mosquée, l'évêque aurait voulu une cathédrale. La construction presque simultanée des deux lieux de culte montre que l'un ne peut pas avoir été édifié pour défier l'autre. On rencontre à Évry une importante population émigrée, en particulier de religion musulmane mais pas seulement, qui justifie l'édification d'une mosquée. De même une grande pagode est en cours de construction pour accueillir les bouddhistes d'Évry et des environs.

Une ville nouvelle, centre de gravité du département où tout était à créer, devait naturellement susciter des constructions importantes d'où la recherche artistique ne pouvait être absente. C'est pourquoi on y trouve également l'Hôtel de Ville, la Chambre de Commerce, les "Arènes" ou "l'Agora".

 

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